13 juillet 2026 - Communiqué de presse
Textiles : la crise continue. Le gouvernement doit la résoudre avec une filière à responsabilité élargie du producteur à la hauteur des enjeux.
Depuis 2024, la filière à responsabilité élargie du producteur des textiles, linges de maison et chaussures (TLC) est en crise. L'essor de l'ultra fast fashion, fondée sur la mise sur le marché de vêtements à très bas prix et de faible qualité, bouleverse ce secteur. Ces produits, largement diffusés via les plateformes extra-communautaires de vente en ligne, fragilisent le commerce de proximité, accélèrent la production de déchets textiles de mauvaise qualité et saturent les capacités de collecte et de traitement des textiles. Les collectivités et les contribuables locaux sont une nouvelle fois les victimes collatérales d’un éco-organisme qui refuse de payer les vrais couts de cette gestion. Pour y répondre, les parlementaires ont été à l’initiative pour freiner cette course en avant, en votant une loi visant à lutter contre la fast fashion qui pénalise ce mode de consommation délétère et vise à en réduire les impacts environnementaux. L’État, de son côté, a lancé la refonte du cahier des charges de la filière REP textiles, linges de maison et chaussures soumis la consultation publique. Hélas ! La version proposée ne convainc que les metteurs en marché et ne réglera rien à la crise. Le Relais a annoncé début juin l'arrêt des collectes de textiles dans près de 3 500 communes françaises et il prévoit d’ores et déjà la fermeture à termes de 17 000 autres points de collecte. Face à cette situation, AMORCE demande au gouvernement un cahier des charges à la hauteur des enjeux et qui apporte (enfin) des solutions.
Les chiffres témoignent de l'ampleur de cette crise. En 2024, près de 886 000 tonnes de textiles, linges de maison et chaussures ont été vendus sur le marché français, soit environ 13 kilogrammes par habitant, en hausse de 26 % depuis 2021. Dans le même temps, près de 794 000 tonnes de textiles se retrouvent dans les déchets résiduels collectés par le service public de gestion des déchets, ce qui coute 225 millions d'euros aux collectivités territoriales et aux contribuables locaux.
L'éco-organisme Refashion (ex Eco-TLC) prend en charge à peine 300 000 tonnes de textiles, soit 36 % des gisements, 20 ans après sa création ! Il a perçu pour cela en 2024 environ 140 millions d'euros d'éco-contributions versées par les metteurs sur le marché. Pourtant, selon des informations rendues publiques par la presse, cet organisme disposait d'une trésorerie non affectée de l'ordre de 160 millions d'euros à la fin de l'année 2025, alors même que les acteurs de la collecte, du tri et du réemploi sont en grande difficulté, avec des fermetures à la clé.
Les parlementaires se sont saisis de ce dossier par le biais d'une proposition de loi anti fast fashion, enfin promulguée ce 8 juillet. Cette loi vise à stopper cette course en avant qui se fait au détriment des commerces de proximité, et de l’économie circulaire. AMORCE salue le compromis trouvé par les députés et les sénateurs qui interdit la publicité de la mode « ultra-express », qui supprime le crédit d’impôt en cas de dons des invendus et qui créé des pénalités dissuasives, jusqu’à 20 euros en 2030, qui abonderont les projets de collecte, de tri, de réemploi, de réutilisation, de réparation et de recyclage des textiles usagés. Pour AMORCE, les sommes mobilisées dans le cadre de ce malus doivent alimenter un fond d’urgence qui doit être utilisé pour développer les collectes sélectives et sauver les acteurs du réemploi qui essaient tant bien que mal de les maintenir sur les territoires et de faire vivre une économie de la seconde main. Ces augmentations d’éco-contributions doivent servir à atteindre les objectifs et à financer la prise en charge des couts à la charge des acteurs, publics et privés.
De son côté, le gouvernement a engagé une refondation de la filière TLC. Mais les arbitrages rendus en mars 2026 qui se traduisent aujourd’hui dans le projet de cahier des charges ouverts à la consultation publique ce 9 juillet, se focalisent principalement sur le développement d'une future industrie du recyclage qui, au mieux, sera en place aux termes de ce nouvel agrément, dans 6 ans. Sans proposer d’objectifs de réduction de déchets textiles. Sans répondre aux difficultés immédiates des acteurs de la collecte et du tri. Sans proposer de soutiens suffisants pour les opérateurs de collecte et les collectivités qui gèrent toujours plus de textiles dans leurs ordures ménagères. Mais avec des objectifs moins ambitieux dans ce cahier des charges que dans celui qu’il viendra remplacer.
Finalement, cette réforme laisse un gout d’inachevé aux opérateurs de collecte et de tri des textiles et aux collectivités locales.
Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement début mai, le Club des recycleurs, Recycl’Elit, Emmaüs France, Federrec, Intercommunalités de France, le Cercle national du recyclage et AMORCE avaient estimé que la réforme proposée n'était pas à la hauteur des enjeux auxquels la filière est confrontée tout en proposant de poursuivre les travaux. Le gouvernement persiste. Ce constat est toujours d’actualité.
L'annonce faite début juin par Le Relais illustre malheureusement cette impasse. L'opérateur a indiqué ne plus être en mesure d'assurer la collecte sur plus de 3 500 communes et a engagé la fermeture progressive de milliers de points d'apport volontaire. 15 000 tonnes de textiles ne seront plus prises en charge. Cette situation menace également des emplois d'insertion et reporte de fait la charge sur les collectivités locales. Et d’autres fermetures sont d’ores et déjà annoncées.
Une fois de plus les collectivités vont devoir gérer seules ces déchets qui seront déposés au pied des bornes sur l’espace public ou dans les bacs d’ordures ménagères, en l’absence de celui qui devrait se saisir de ces problèmes et les régler : l’éco-organisme. Une nouvelle fois, les contribuables sont pris en otage et vont subir les conséquences d’une crise sur des déchets qui ne sont pas de leur responsabilité.
AMORCE demande à l’État de revoir sa copie avec un cahier des charges qui impose :
- des objectifs ambitieux en matière de prévention des déchets et de collecte
- une densification du maillage des collectes sélectives
- une obligation de reprise des déchets par les distributeurs
- d'atteindre un taux de collecte de 70 % du gisement
- la mise en place de mécanismes de soutiens à la hauteur des couts supportés pour la collecte et le tri
- et des sanctions dissuasives à l'encontre de l'éco-organisme, en cas d’écart à la trajectoire - cette sanction pourrait être mise en oeuvre par le biais d'une fiscalité pesant sur les éco-organismes.
Surtout, l’État doit imposer à l’éco-organisme la continuité de la collecte des textiles, partout en France, en lui imposant de pourvoir à cette collecte en cas d’arrêt ou d'absence d’opérateurs, et ce sans aucune restriction.
Contact presse
Julia Ingrassia - jingrassia@amorce.asso.fr – 06 11 43 78 51