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10 mars 2020 - Actualités

Irrigation: l'agriculture francaise peut elle réduire fortement sa consommation d'eau?

Les épisodes de sécheresse sont, depuis quelques années, de plus en plus fréquents et prolongés. Les tensions sur la ressource se font particulièrement ressentir vis à vis des usages agricoles sur les 3 mois de fortes irrigations, y compris, à l'été 2019, dans des zones habituellement peu touchées par ces problématiques. Alors que se multiplient les instances de concertation pour mieux partager la ressource (PTGE, PGRE, étude prospective...), AMORCE vous propose dans son prochain guide, quelques clés de compréhension pour identifier les marges d'économies d'eau des irriguants de votre territoire.

En France, seulement 8% des cultures sont irriguées et 3 milliards de m3 d'eau sont prélevés en environ 3 mois pour ces besoins d'agricoles (alors que la production d'eau potable prelève environ 6 milliards/an). Cela représente une consommation moyenne de 1300 m3 d'eau par hectare irrigué. En 2010, la Commission européenne a estimé que l’Europe pouvait réduire de 40% sa consommation de ressource en eau en optimisant les systèmes d’irrigation. 

 

La métrologie et la technologie au service de meilleures pratiques

Avant même d’envisager le changement ou le renouvellement des dispositifs d’irrigation, d’importantes économies peuvent être réalisées par les irriguants en pilotant l’irrigation de manière plus précise, par exemple en mesurant les besoins hydriques des plantes et la réserve d’eau contenue dans le sol. Il est possible pour cela de s’équiper d’appareils de mesure et de logiciels d’aide à la décision ou de faire appel à des conseillers en irrigation. Les économies d'eau réalisables grâce à ces ajustements, peuvent aller de 100 à 300 m3/ha en agriculture et sont même de l'ordre de 1500 m3/ha pour l'arboriculture (d'après une étude de l'agence de l'eau Adour-Garonne [AEAG]). Afin de réduire les besoins en irrigation, les exploitants agricoles peuvent également sélectionner des variétés plus résistantes à la sécheresse et avancer leur date de semi afin d’irriguer avant la période sèche. Ces changements peuvent permettre des économies de l'ordre de 200 à 300 m3 d'eau par hectare (AEAG).

Dans les zones les plus touchées par les déficits hydriques, certains agriculteurs envisagent même un changement d’assolement afin de cultiver des plantes ayant de plus faibles besoins en eau. Cela représente en revanche un risque technique et économique pour l’exploitant et une étude globale du territoire doit être menée pour que la généralisation de cette pratique ne nuise pas au marché de ces produits.

La substitution vers une ressource moins en tension : des solutions à définir au cas par cas dans les territoires

Parmi les solutions en offre, celle de la retenue de substitution est souvent plébiscitée par la profession agricole car sécurisante à court terme. Ces infrastructures ne sont malheureusement pas viables à long terme car elles nuisent à la fois aux milieux naturels et au bon fonctionnement du cycle de l’eau. 

La Réutilisation d’Eaux Usées Traitées (REUT) pour l’irrigation est globalement une ressource sous-exploitée en France par rapport à d'autres pays: elle présente plusieurs avantages, mais ne doit pas se faire au détriment des besoins en eau du milieu aquatique ni sans réflexion sur sa pertinence énergétique globale.

AMORCE considère qu'il s'agit d'une solution intéressante, parmi d'autres, qui doit être étudiée systématiquement et mise en œuvre si elle s'avère pertinente pour le territoire. C'est pourquoi AMORCE va activement participer au GT "eaux non conventionnelles" initié par la DEB (et animé par l'ASTEE), qui fait suite aux Assises de l'Eau, pour encourager la levée des freins juridiques qui entravent le développement de cet outil.